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15 Août 2008
Encre de chine ; Encre noire faite à base de noir de fumée et de matières gommeuses, utilisée couramment pour l'écrite et le dessin, et qui se distingue, de par sa composition peu courante, des autres encres utilisées plus particulièrement en occident et préparées à base de plomb
J'ai jamais vraiment su parler de moi. Des banalités, si, bien sûr. Mais de moi, vraiment, non. Je n'aime pas revenir sur le passé, et l'avenir m'est tellement incertain. Alors, la plupart du temps, je me contente des petits détails de la journée écoulée, des pensées qui m'ont traversé l'esprit. Je laisse mes doigts glisser sur le clavier sans jamais vraiment réfléchir à la gueule que ça aura une fois fini, je publie tout à l'état de brouillon.
Un peu comme dans ma vie. J'ai souvent tout laissé comme ça, bouts de papier écorchés, déchirés, roulés en boule dans un coin, avec l'idée de les reprendre plus tard, quand j'en aurai le temps ou l'envie. Et puis j'oubliais. J'oubliais que j'avais envie d'apprendre la guitare, j'oubliais que je m'étais dit que j'irai courir et que je me réinscrirai à la salle de sport, j'oubliais que j'avais promis à une amie de la rappeler dans la semaine, j'oubliais qu'il fallait que je fasse le tri dans mes papiers et dans ma vie, j'oubliais mon rendez-vous chez le dentiste et la promesse que je m'étais faite de terminer ce putain de texte qui traîne depuis des années dans un coin de mon pc. J'oubliais, et tout finissait à la poubelle. Elle est la première, je crois, à m'avoir poussé à aller au bout de quelque chose. Et pas des moindres. L'amour, la différence, le changement total, d'adresse, de vie, de boulot, d'amis. Et je l'ai fait. Pour la première fois de ma vie je ne me suis pas contentée de jeter mes projets à la poubelle à la première contrariété, ou de simplement les laisser traîner dans un coin de ma tête en me disant qu'un jour, peut être...
Et me voilà, dans cette nouvelle ville, avec ces nouvelles personnes que je côtoie, dans notre nouvel appartement, assise sur l'un de nos nouveaux tabourets dans cette nouvelle cuisine. D'avant, je n'ai presque rien emmené. Que des fringues et quelques souvenirs, mon ordinateur et mes photos. Ni meubles ni casseroles à traîner. Elle m'a donné l'envie de tout lâcher, d'oublier pour un temps le regard des autres et d'oser. Oser l'amour, oser faire le grand saut, celui dont on ne sait jamais où il nous mènera mais qui procure un tel frisson, une telle montée d'adrénaline qu'au fond, la suite, on s'en fout. Seul compte le présent. Elle m'a donné envie d'ouvrir les yeux sur toutes ces choses magiques qui m'entouraient et que j'avais oublié depuis longtemps de regarder, qui renaissent chaque jour dans ses yeux. La chaleur d'un café bu sous la couette, la douceur d'une main qui passe dans les cheveux, la brillance particulière d'une étoile regardée à deux, la saveur exquise des petits plats préparés avec amour, la lenteur lancinante des minutes quand elle n'est pas là, la vitesse du temps qui passe à ses côtés, la beauté d'un coucher de soleil ou la fraîcheur d'une goutte de pluie qui tombe sur le visage qu'on offre au ciel. Et je n'ai plus envie de me dire qu'un jour, peut être, plus envie d'attendre qu'il soit trop tard pour penser à avancer. Je veux du présent, du 'maintenant', du 'tout de suite', je veux partir sur un coup de tête, avec elle, juste un sac sur le dos, et pouvoir l'embrasser à chaque fois que l'envie m'en prend.
26 Janvier 2009
"Je comprends mieux maintenant qui je suis réellement (...) mais je ne pense pas que je me connaîtrai un jour complètement. Je connais mes racines et je connais mon but, mais mon caractère, lui, est en constante évolution"
K'naan
Si on m'avait dit, il y a quelques années, que j'écrirai ça, que je parlerai de quelqu'un comme ça, y aurais-je vraiment cru? Je ne crois pas. Au revers de mes envies de romantisme s'inscrivait à l'encre indélébile la certitude que ce n'était permis qu'aux autres, qu'il me faudrait écrire l'amour si je voulais le vivre, ne serait-ce que par procuration, et m'inventer des personnages qui auraient dans la tête et dans le coeur toutes ces choses que je ne pensais jamais dire à personne. Il y a quelques années, j'étais fiancée, point. Aujourd'hui, j'aime. Et c'est tellement différent...
J'ai longtemps regardé vivre mes parents en essayant de ne pas commettre les mêmes erreurs, j'ai longtemps écouté leurs disputes incessantes en me disant que ça ne m'arriverait jamais. J'ai longtemps agi exactement sur le même schéma qu'eux, cherchant le conflit pour voir jusqu'où les autres seraient prêts à aller pour moi, refusant d'admettre que j'avais tort, quelle que soit la raison du malentendu, recherchant la solitude quand on demandait à me voir, le bruit quand personne ne se manifestait. J'ai joué, j'ai attendu qu'on m'aime vraiment pour partir, un nombre incalculable de fois. J'ai joué au chat et à la souris avec le même pendant près de 5 ans, constamment sur la défensive. Je savais que ce n'était pas lui, je savais que ce n'était pas ça, j'avais juste besoin de vérifier qu'il reviendrait. Et il revenait, toujours. Un jour, moi, je ne suis plus revenue.
J'ai cherché les limites et l'inconstance comme d'autres recherchent le grand amour, pour me prouver que c'était ça qu'il me fallait. Jusqu'à tomber le nez contre le bîtume. Tomber de haut pour quelques mots échangés. Tomber de haut pour se rendre compte que l'image que l'on essayait de donner n'était finalement que papier, qu'elle avait pris l'eau, s'était déchirée sans même qu'on s'en rende compte. J'ai fui dans les verres et dans le silence, j'ai fui dans les bars et dans la musique. Dans les nuits blanches et la distance polie. J'ai fui à n'en plus savoir ce que je fuyais, à n'en plus savoir que c'était l'amour qui avait pointé le bout de son nez, que ça allait tout changer.
Et si elle ne m'avait pas attendue? Aujourd'hui encore, je me demande. Lequel de mes mots a pu atteindre son coeur avec une telle force, une telle violence? Laquelle de mes phrases lui a fait tenir tout ce temps dans le flou de mes allées et venues, de mon refus de projets, de mon refus ne serait-ce que de la rencontrer? Et si elle ne m'avait pas attendue?
J'ai longtemps fui ce que je croyais être trop dangereux, fui vers d'autres dangers, vers les rencontres faciles et les verres bus trop vite, vers les éclats de rire oubliés le matin et les larmes de se retrouver à nouveau seule au réveil. Je refusais le risque qui m'était offert de me briser le coeur et de souffrir. Mais on ne peut fuir indéfiniment ces certitudes qui nous frappent comme une flèche en plein coeur, comme un cercle vicieux, on y revient toujours. Elle était le fond d'écran de mes pensées avant même que j'en aie conscience, elle était les battements de mon coeur avant même que je ne découvre qu'il pouvait battre.
Alors j'ai fait le grand saut. Parce qu'on ne sait pas, qu'on ne sait jamais. Mais ça n'empêche pas de plonger. On peut brûler d'amour ou de regrets, se brûler la peau au toucher d'une autre ou dans la froide dureté des draps. J'ai choisi sa peau. Et les souffrances inhérentes.
Je me suis redécouverte tout en me perdant.
Parce qu'en gagnant l'amour, j'ai perdu beaucoup. J'ai voulu construire une histoire à partir de rien, j'ai voulu aller jusqu'à oublier que j'avais eu une vie avant elle, et changer du tout au tout sans intermèdes. J'ai cru que je pourrais ne verser aucune larme tant sa présence les assècherait avant qu'elles n'atteignent la barrière de mes cils. Pour cela, j'ai eu tort.
Tort de croire que les amitiés se nouaient aussi facilement dans la vie qu'autour d'un verre, la journée que la nuit. Tort de croire qu'un boulot est un boulot, peu importe en quoi il consiste, et qu'une famille se remplace aisément, si l'on est bien entourés. Tort de croire que la cohabitation s'apprend aisément, pour peu que l'amour soit présent à chaque seconde.
Je me suis perdue pendant de longs mois, à ne pas sortir ou presque, à me contenter de tisser des liens plus ou moins solides avec les personnes qui n'appartenaient qu'à elle, à vivre en autarcie pour ne pas se heurter au monde extérieur, ne pas risquer les souffrances inutiles. Je me suis perdue à en oublier mes rêves et mes envies, à ne plus penser que par 'nous', à en oublier qu'avant tout j'étais un 'je' qui avait besoin de vivre. A force de m'effacer, j'ai cru devenir invisible. Insipide.
Je me suis perdue, mais je me retrouve. Je retrouve les rêves, les envies, les projets, je retrouve le 'je' qui manquait à ma vie, et le besoin des choses à faire seule. Ca prendra du temps. Les belles phrases ne se réalisent pas à peine formulées, il leur faut du temps, de l'espace, du courage, de la persévérance. Je prendrai le temps qu'il faudra.
Mais aujourd'hui je sais que je suis moi, que je suis 'je', que je suis forte et qu'avec ou sans 'nous', j'irai au bout des choses...
Je sais que l'amour n'a de chance de survivre que si il est le complément logique de l'amour de soi, et non en offrant sans contrepartie à l'autre toute la tendresse de notre coeur, à en oublier d'en garder un peu.
Je sais... bien peu de choses, en somme. Mais je suis bien décidée à apprendre de chaque jour. Apposer 'hier' sur papier pour ne jamais l'oublier, et me tourner vers 'demain' le sourire aux lèvres, persuadée que j'aurai avancé, que j'aurai quelque chose à raconter, qu'aujourd'hui n'aura pas été silencieux. Je veux écrire ma vie à l'encre de Chine.
06 Février 2009
J'ai des envies de boulot. J'ai des envies de vie associative. J'ai des projets qui tournent et tournent et tourneboulent dans ma tête. J'apprends la patience avec impatience. J'apprends la stabilité instable. J'apprends à dessiner au quotidien de ma vie les ébauches qui se dessinaient dans ma tête. C'est encore tellement flou. C'est déjà tellement bien. Tellement certain, aussi. Comme si déjà je savais...
Que tout ça, je vais le faire...
Je mets ma vie entre les quatre coins d'une feuille blanche, j'y trace trait par trait les prochains mois, les idées qui ne font que passer ou qui stagnent depuis des mois, des années. J'y dessine au crayon les esquisses à retravailler, je commence à construire les plans.
Un mois, je me laisse un mois. Après, je passe aux fondations.
Un jour, le dessin sera tableau. Un jour, le crayon sera entre de chine. Un jour, l'esquisse sera chef-d'oeuvre ou ne sera pas. Un jour, ma vie sera telle que je l'aurai décidée. Un jour, je serai à l'image du monde que j'imagine dans mes rêves.
Commentaires :
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missdiamond |
Continue de travailler, la vie appartient à ceux et celles qui ont des rêves, de la force, des espoirs et de la volonté de faire!!
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bluedragonfly 06-02-09
à 20:13 |
Re:Ah oui? Je pensais que le dicton c'était "La vie appartient à ceux qui se lèvent tôt". ;) Zut, moi qui avais aboli les grasses mat' depuis, je me rends compte que c'était inutile... |
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missdiamond 07-02-09
à 00:25 |
Re:Lol....j'ai voulu modifier!
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bluedragonfly 08-02-09
à 21:23 |
Re::-D
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comcisland 06-02-09
à 22:01 |
vivre la vie, tu es 'plaisir' à lire. bonne continuation
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bluedragonfly 06-02-09
à 22:50 |
Re:Merci pour ta lecture, et plus encore pour le compliment :) A bientôt |
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stupidchick 08-02-09
à 20:40 |
C'est une magnifique déclaration de soi. Tous les grands projets n'étaient que des rêves à l'origine; et chacun-chacune a le pouvoir de devenir celle qu'elle veut si elle n'a pas peur d'elle-même.
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bluedragonfly 08-02-09
à 21:26 |
Re:Car tout ce que tu auras construit toi-même, on ne pourra jamais te l'enlever. J'espère que le temps te donnera raison... |
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May 17-02-09
à 11:35 |
Cet article est superbe. On voit tout ton cheminement. Tu décris si bien ton évolution et quelle évolution! Une évolution vers le bonheur, vers la connaissance de soi.
Ce texte est magnifique, vraiment. Il respire la joie de vivre du présent, l'aboutissement d'un long chemin. J'espère vraiment que tu parviendras à réaliser tes projets (et que tu raconteras tout cela ici). Des bisous |
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bluedragonfly 22-02-09
à 21:39 |
Re:Merci beaucoup, May. Puis j'espère les réaliser, bien sûr, moi aussi. Surtout qu'au fond, ils ne sont pas hors du commun. Un bon boulot, un peu d'argent de côté, un bel appart, quelques voyages, beaucoup d'amour et de lecture, d'écriture aussi si possible, des amis, des connaissances, des activités intéressantes, et grandir, toujours, autant intérieurement qu'extérieurement. Finalement, je ne demande rien de plus que ce que tout le monde espère... |
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May 24-02-09
à 14:03 |
Re:Alors, tu les réaliseras. J'en suis sure, quand on veut vraiment quelques choses: on y arrive toujours même si parfois il faut un peu de temps.
Oh beaucoup veulent ça et peu s'en donnent vraiment les moyens. :) Des bisous, des bisous. |
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bluedragonfly 27-02-09
à 13:27 |
Re:Le vouloir, même vraiment, c'est une chose... Le mettre en pratique, ça en est une autre. Il me reste à trouver comment mettre en pratique toutes mes envies |
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May 27-02-09
à 15:03 |
Re:Je te fais confiance pour y arriver. Cela ne doit pas être si loin le pouvoir et le vouloir... non, non. :)
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bluedragonfly 08-03-09
à 11:20 |
Re:C'est pas la distance qui me fait peur, ce sont les embûches sur le chemin... Lol. Le programme télé, le bouquin à finir, l'installation confortable dans la monotonie de la vie, les courses à faire, le boulot à terminer, tout ça quoi... Et au fond, on oublie ce qu'on voulait faire de sa journée. Et au bout de quelques centaines de journées, on oublie ce qu'on voulait faire de sa vie |
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May 08-03-09
à 16:33 |
Re:Non, on oublie rien, on attend le bon moment! ::)
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bluedragonfly 12-03-09
à 22:43 |
Re:Et on espère secrètement qu'il n'arrivera jamais. Parce que sinon, il faudrait se jeter à l'eau pour de bon
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May 12-03-09
à 22:44 |
Re:Se jeter à l'eau, cela fait toujours un peu peur. Mais une fois dans le bain, cela devient tellement chouette. :)
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à 17:10