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Les autobiographies n'existent pas.

Parce que la vie ne s'écrit pas. Elle se vit, se savoure. Ecrire la vie, c'est simplement revivre les instants passés, les imaginer sous d'autres perspectives. On repasse des moments, on y ajoute des reflexions, on mixe les sentiments survenus sur le tas avec les banalités survenues, et on obtient quelques pages.
Mais jamais la retranscription exacte d'un vécu.
Cet après-midi, je voulais écrire à ma soeur. Lui parler du passé, lui dire à quel point elle avait été importante dans ma vie d'enfant, à quel point elle le restait aujourd'hui, malgré la distance, les silences et les divergeances d'opinion.
J'étais là, devant une page blanche, à me souvenir d'après-midi shopping, de virées à vélo, de longues discussions, des heures qu'elle passait à me préparer des exercices de math et de conjugaison lorsque la période des examens approchait et que, du haut de mes 12 ans, j'avais besoin qu'on me pousse un peu pour ouvrir un bouquin. Et le trou noir.
C'est comme si aujourd'hui, avec le temps, au gré des changements survenus et de nos différences, ces anecdotes mêmes s'étaient distordues dans mon esprit. Comment garder aujourd'hui l'innocence et la simplicité d'esprit que j'avais, enfant, quand je profitais simplement des quelques heures pendant lesquelles je me sentais grande, aimée, la main dans celle de ma soeur.
Tellement de choses ont changées...
Et pourtant, quand mes pensées se tournent vers cette autre partie de moi qu'est mon frère, c'est comme si tout retrouvait sa place, comme si les sourires enfantins de l'époque ou, debout sur ma chaise sous le panier de basket, du haut de mes 7 ans, à attendre que lui ou un de ses grands potes me passent le ballon pour que j'essaie de marcher reprenaient naturellement leur place derrière mes paupières.
C'est dingue, ce que les moments vécus depuis, les pensées actuelles, peuvent changer la donne.
Les différents que j'ai eu avec ma soeur concernant mon départ, sa distance relative de ces derniers temps, son incompréhension, parfois, ont-ils pu m'atteindre à en atténuer la beauté de nos souvenirs communs?
J'aurai tellement voulu lui dire, tout à l'heure, que rien n'avait changé, qu'elle était toujours la grande soeur exceptionnelle que je mettais sur un énorme piedestal quand j'étais petite. Pourtant, en l'écrivant, les mots semblaient perdre leur sens, et je me sentais hypocrite.
Ne vous méprenez pas, je l'aime. Elle est et restera toujours ma grande soeur. C'est juste qu'aujourd'hui, j'ai l'impression qu'elle a perdu de son éclat jusque dans ma mémoire.
Et c'est difficile à admettre.
Ca remet tellement de choses en question.
Se peut-il qu'un jour, suite à une trahison de sa part, une déchirure au coeur, des déceptions douloureuses, tous ces moments magiques passés avec B., ceux que je voudrai quoiqu'il arrive inébranlables et éclatants, se trouvent définitivement rabaissés au rang de banal à cause de mon amertume?
Est-ce pour ça qu'aujourd'hui je ne sais même plus pourquoi j'ai pu me rapprocher de certaines personnes, avant. Est-ce tout simplement parce qu'elles m'ont déçues au point d'en craqueler l'image que j'avais d'elles dans mon souvenir?
On devrait pouvoir garder intacts les momens passés. Comme des clichés aux couleurs éclatantes, des éclats de rire dans le silence.
Et qui peut encore, après tout ça, rire du fait d'en être toujours, à 23 ans, à la rédaction ponctuelle et précise d'un journal intime n'ayant pour unique but que de garder tels quels les sourires d'aujourd'hui?
Si j'avais commencé avant. Si j'avais pu retrouver ici, noir sur blanc, les émotions ressenties alors que je n'étais encore que haute comme trois pommes, j'aurai peut-être pu les rappeler à ma soeur, j'aurai peut-être pu lui dire simplement "merci. Je t'aime".
Je veux garder un souvenir indélébile de chacun de mes battements de coeur. Pour ne jamais, jamais oublier que ceux d'aujourd'hui te sont intégralement dédiés...
Commentaires :
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May |
Je me retrouve dans ton texte. Je te comprends. Il y a quelques temps, enfin depuis quelques temps, je me suis éloignée de deux personnes qui me sont chères. Et j’arrive plus à voir ce qui faisait que je croyais en elles deux comme personne. Je leur en veux tellement de me faire souffrir comme elles le font, parce que. Parce que je ne sais pas, parce qu’on grandit et que la franchise, accepter l’autre même s’il prend une route différente n’est pas toujours facile. Alors, elles se sont éloignées. Alors qu’il y avait l’enfance qui cimentait notre amitié, enfin c’est ce que je pensais. Maintenant, malgré tout, j’ai du mal à penser aux bons
moments de l’enfance sans qu’ils se troublent. Parce que non, c'est pas possible de faire souffrir, de ne pas pardonner quand on aime. Non, je n'arrive pas à accepter. ( par contre, à l'inverse de toi, j'ai beaucoup écrit depuis que je suis en âge d'écrire si on peut dire. Mais c'est encore beaucoup trop tôt pour ouvrir les malles du passé ) |
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bluedragonfly 27-04-09
à 17:42 |
Re:C'est jamais facile, de voir s'etioler quelque chose auquel on croit. Et c'est vrai qu'au bout du compte, ce sont nos souvenirs même, notre perception des choses qui s'en trouve modifiée. On oublie les sourires partagés, on oublie les bons moments, on oublie pourquoi... C'est dommage, c'est normal, c'est bien car ça évite les regrets à perpétuité, mais c'est triste, aussi. Enfin, je ne sais pas. Je suppose que c'est simplement la vie qui suit son cours. Comme tu dis, on grandit, c'est tout... Pour ce qui est de ressortir les malles du passé, je te comprends. Il y a certains textes que j'ai écrit il y a quelques années, un journal intime que j'ai depuis 2004, plein de phrases laissées en vrac, ici ou là, et que je n'ai pas envie de relire, que je ne me sens pas prête à réouvrir, sans réellement savoir pourquoi. Parfois, je me dis que ça ne veut plus rien dire, parfois que ça pourrait faire surgir le manque et les souvenirs, ou encore que je risque de me rendre compte de mes erreurs passées, et que je n'ai pas forcément envie de les voir écrites noir sur blanc sous mes yeux. Encore une fois, je ne sais pas. (Pfff, je me rends compte que je sais bien peu de choses, finalement. Lol) Tu sais, au fond, peut-être qu'il nous faut simplement admettre que le temps suit son cours, et que ce qui était vrai hier ne l'est plus forcément aujourd'hui. Vaut-il mieux évoluer quitte à laisser certaines choses derrière soi, ou en rester constamment au même stade? J'aurai tendance à choisir la première option, même si tout n'est pas parfait, même si subsistent certains regrets. Au moins, on avance. En soi, c'est déjà pas mal :) |
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LiliLou 06-05-09
à 01:12 |
Y'a les souvenirs dans la tête et les souvenirs dans le coeur. (Je sais c'est dit de manière assez abrupte et enfantine.) Ceux du coeur laissent une douce impression, légère, insolente tant elle est délicate et a tendance à s'envoler. Mais ils sont impregnés, nous rappellent des sensations indescriptibles, inoubliables. C'est comme quand on regarde sa bibliothèque, on prend un bouquin, on lit le titre et on ne se souvient pas de l'histoire. Pourtant, on se souvient de l'impression qu'il nous a laissé, bonne ou mauvaise, de l'endroit dans lequel on la lu, peut-être, ou simplement notre état d'âme de l'époque. Il nous laisse une marque légère, agréable et parfois insatisfaisante, mais bien présente, dans le fond, et c'est le principal. Alors si en plus pour revivre ces sensations de souvenirs, on a les souvenirs de la tête, gravés sur une page de cahier, ou sur une page de la toile. Je crois que là, c'est plus que du bonheur. =) |
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bluedragonfly 11-05-09
à 10:26 |
Re:Tout dépend des souvenirs... J'en ai des triste que parfois j'aimerai voir s'effacer. J'ai ai des petits pas si importants que ça. Des souvenirs. Des milliers de petites bulles. J'pourrais pas m'en passer, je crois |
à 17:25